A Filetta s’investit beaucoup sur le terrain associatif et prend part aux créations balanines sous l’égide notamment du SVEGLIU CALVESE, association culturelle ayant pour objet le développement de toutes les pratiques culturelles et artistiques en langue corse sur la région de Calvi.

C’est en collaboration avec cette même association, que sont créées en 1989 les premières RENCONTRES DE CHANTS POLYPHONIQUES DE CALVI « À l’iniziu c’era a voce », rendez-vous annuel de tout ce que la planète recèle de pratiques vocales à cappella (traditionnel, classique, jazz, contemporain, ..).

 

Rencontres de Chants Polyphoniques de Calvi

À l’iniziu c’era a voce

Il y a peu de chose, finalement, qui sépare cette paraphrase de l'Evangile de Jean 1,1, que nous avons choisie comme sous-titre des Rencontres dès 1989, date de leur création, et la phrase d'Henri Gougaud, que nous avons mise en exergue de cette XXIème édition: "Plus beau qu'eux-mêmes est le chant des hommes. Rien ne dit plus bravement leur dénuement, leur foi, leur insoupçonnable grandeur".

En 1989, une rencontre modeste entre le groupe A Filetta et Su Cuncordu e Tenore de Orosei, que l'association U Svegliu Calvese avait organisée dans la cathédrale Saint Jean-Baptiste de Calvi, venait sceller un partenariat, jusqu'alors informel, entre les chanteurs corses et une association culturelle au rayonnement régional, qui allait offrir, au fil du temps, un ancrage à ces "fils du vent". Ainsi naquirent les Rencontres de Chants Polyphoniques en une étroite collaboration, qui allait mener les deux partenaires sur bien des chemins de la création: de  A Passione au Via Crucis, en passant par Médée ou Don Ghjuvanni in Commedia dell'Arte, l'un poussa, l'autre tira, selon les circonstances, et l'exploration des langages artistiques se poursuit encore...

En 1989, le sous-titre des Rencontres s'imposa: oui, "à l'iniziu c'era a voce, au commencement était la voix…" car c'était bien le début d'une aventure, avec ses espoirs, sa curiosité, sa fièvre et ses doutes, et c'était l'intuition que cette voix plurielle devait trouver des échos dans d'autres parties du monde. Si des voix pouvaient jaillir de nos montagnes, alors d'autres voix pouvaient s'élever d'autres montagnes, de plaines, de fleuves ou de mers que nous osions à peine imaginer... C'est ainsi que nous avons reçu des bulgares, des géorgiens, des amérindiens, des Inuits, des tibétains, des africains, des indonésiens, des néo-calédoniens, des réunionnais, des syriens, des marocains… Que le monde est vaste, aujourd'hui encore ! Et combien de territoires restent encore à explorer ! Nous avons entendu des voix et des langues dont nous nous ne soupçonnions pas l'existence : combien ont été muselées, presqu'effacées par des régimes politiques coercitifs, par des choix économiques où l'humain avait bien peu de place. Mais il est arrivé que  le terreau de la démocratie permette à ces voix, que l'on avait ensevelies comme un trésor caché, de s'épanouir et de nourrir notre propre humanité.

Vingt ans plus tard, notre curiosité est toujours intacte : au-delà de la curiosité, de l'émotion esthétique, c'est le désir de partage, c'est la recherche d'une vérité, c'est la foi en l'homme qui nous anime. Car à travers la voix, c'est une nudité tranquille, sans artifice  et sans ostentation, qui s'exprime. Et c'est là que nous rejoignons Henri Gougaud :"Plus beau qu'eux-mêmes est le chant des hommes. Rien ne dit plus bravement leur dénuement, leur foi, leur insoupçonnable grandeur. "De 1989 à 2009, ce sont donc l'évangéliste et le conteur, qui élèvent la passerelle sous nos pas: deux hommes de la parole…

Avons-nous fait le tour du monde ? Presque … C'est dans ce "presque" que résident les perspectives: combien de kilomètres, d'hectares, d'années et d'hommes, ce "presque", recouvre-t'il ? Qui saurait le dire ?